Ce que l’on ne voyait pas derrièrer mon sourire
Lorsque l’on me rencontre aujourd’hui sur un marché, lors d’un événement ou derrière mon stand, il est difficile d’imaginer ce que j’ai traversé. Je passe mes journées au contact des clients, à échanger, à présenter mes produits et à aller vers les autres.
Et pourtant, il y a quelques années, sortir de chez moi était devenu une épreuve.
L’agoraphobie n’est pas arrivée du jour au lendemain.
Elle est arrivée après des années à encaisser. Des années de harcèlement, de jugements, de moqueries et de situations difficiles qui se sont répétées tout au long de ma vie. À l’école. Dans le sport. Puis dans le monde professionnel.
Pendant longtemps, je n’ai rien dit.
Je gardais tout pour moi. Je souriais. Je faisais semblant que tout allait bien. Jusqu’au jour où je n’ai plus été capable de faire semblant.
Mon corps a fini par parler à ma place.
Au début, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Ma vision devenait trouble. J’avais des pertes d’équilibre. Je ne marchais plus correctement. Je suffoquais. Les crises d’angoisse se multipliaient. Impossible de respirer par l’hyperventilation qui envahissait mon corps. Les étourdissements apparaissaient dès que je sortais de chez moi.
Même aller jusqu’à ma boîte aux lettres pouvait devenir extrêmement compliqué.
Petit à petit, mon monde s’est mis à rétrécir. Comme beaucoup de personnes souffrant d’agoraphobie, j’ai commencé à éviter certaines situations. Puis certains lieux. Puis certains déplacements. Puis certaines personnes.
Sans même m’en rendre compte, ma vie s’organisait autour de la peur.
Chaque sortie devenait un défi. Chaque trajet devenait une source d’angoisse. Chaque déplacement nécessitait une quantité d’énergie considérable.
Pour beaucoup de personnes, prendre sa voiture pour aller travailler est une banalité.
Pour moi, c’était déjà un premier combat avant même de commencer ma journée.
J’arrivais souvent épuisée avant même d’avoir franchi la porte de mon lieu de travail.
L’agoraphobie est un handicap invisible.
C’est probablement ce qui la rend si difficile à comprendre pour les personnes qui ne l’ont jamais vécue.
On peut sourire. Discuter. Rire. Donner l’impression que tout va bien.
Alors qu’à l’intérieur, on lutte simplement pour tenir debout.
On lutte contre son souffle. Contre ses pensées. Contre la peur de perdre le contrôle. Contre la peur de faire un malaise. Contre la peur que quelqu’un remarque ce qui est en train de se passer. Je me sentais en dehors de mon corps.
Dans mon cas, cette souffrance était d’autant plus difficile à vivre que certaines personnes cherchaient déjà à me fragiliser.
Je refusais de leur montrer ce que je traversais. Je refusais de leur donner davantage de pouvoir sur moi.
Alors je prenais sur moi. Encore.
Et encore.
Sans réaliser que je mettais ma santé mentale et physique à rude épreuve.
À cette époque, j’ai aussi perdu beaucoup de monde autour de moi.
Certaines personnes se sont éloignées.
D’autres ne comprenaient pas ce que je vivais. Certaines personnes ont prit peur. Parce que oui, ça fait peur d’être au côté d’une personne agoraphobique. Les crises sont impressionnantes et on est jugés quand ça arrive… un éternel cercle vicieux qui ne cesse de tourner en rond. Le serpent qui se mord la queue…
Au final, les personnes qui sont restées étaient les plus importantes. Ma famille et mes proches.
Mais malgré leur présence, une chose était claire : personne ne pouvait mener ce combat à ma place.
Alors j’ai décidé de me battre.
J’ai entrepris un immense travail sur moi-même. Des années de thérapies. Des exercices de respiration. Des consultations médicales. Des remises en question.
Et surtout, des milliers de petites victoires invisibles.
Je me suis forcée à avancer alors que tout mon corps me disait de reculer.
J’ai dû réapprendre à vivre. À marcher correctement. À conduire. À prendre un ascenseur. À faire mes courses.
À entrer dans un magasin, dans un centre commercial. À sortir seule.
À faire toutes ces choses qui paraissent anodines lorsque l’on n’a jamais connu l’agoraphobie.
Aujourd’hui, je suis guérie depuis quelques années.
Cette période appartient à mon passé. Mais elle fait partie de moi pour toujours.
Parce qu’elle a forgé la femme que je suis devenue.
Et elle a également influencé ma décision d’entreprendre.
Après avoir passé autant d’années à me battre contre mes propres peurs, je voulais construire une vie qui me ressemble réellement.
Une vie dans laquelle mes différences ne seraient plus considérées comme des faiblesses.
Une vie dans laquelle mon hypersensibilité deviendrait une force.
Car contrairement à ce que l’on pense souvent, l’hypersensibilité est un formidable outil lorsqu’on apprend à l’apprivoiser.
Elle me permet aujourd’hui d’être à l’écoute de mes clients.
De comprendre leurs attentes. De ressentir les émotions derrière leurs demandes. De créer des produits qui racontent une histoire.
Et surtout, de rester profondément humaine dans ma manière d’entreprendre.
Si je partage cette histoire aujourd’hui, ce n’est pas pour inspirer la pitié.
C’est pour rappeler qu’il existe des combats que personne ne voit.
Et que derrière chaque personne souriante se cache parfois une bataille silencieuse.
Cette expérience m’a aussi appris une autre chose.
Lorsque l’on est hypersensible, certaines injustices, certaines critiques ou certains comportements peuvent parfois nous atteindre plus profondément que d’autres.
C’est une réalité que j’ai retrouvée dans mon parcours entrepreneurial.
Et c’est justement ce dont j’aurai envie de vous parler dans un prochain article.
Le regard des autres, la jalousie, les injustices et les défis invisibles auxquels sont confrontés les entrepreneurs lorsqu’ils décident de suivre leur propre chemin.